Du 22 avril au 22 mai 2026, l’Habitation La Ramée, à Sainte-Rose, devient le théâtre d’une expérience mémorielle et artistique inédite. Sous l’impulsion du Département Guadeloupe, le festival Chan an chan kann s’installe dans ce lieu chargé d’histoire pour faire résonner les voix de la résistance au cœur de cet espace. Ce rendez-vous, ouvert à tous et en accès libre, s’inscrit dans le cycle « Art’chives & imaginaires, poétiques du vivant ».
Le festival Chan an chan kann puise sa force dans les chants qui, autrefois, s’élevaient des champs de canne à sucre entourant l’Habitation La Ramée. Ces chants, nés de la sueur et de la douleur des hommes et des femmes mis en esclavage, étaient aussi des actes de survie. Aujourd’hui, le festival transforme cette mémoire sonore en un dialogue contemporain.
L’Habitation La Ramée, ancienne exploitation esclavagiste devenue sucrerie, est désormais une résidence d’artistes. Elle fait partie du projet des « Parcs mémoriels » du Département Guadeloupe. Programmer un tel événement en ces murs est un acte de retournement symbolique : là où le silence était imposé par l’exploitation, la parole et la musique viennent désormais restaurer une dignité collective.
Le coup d’envoi a été donné le mercredi 22 avril, d’abord avec le vernissage d’une exposition d’arts visuels (visible sur le site jusqu’au 22 mai 2026). Deux artistes haïtiens de renom, Stéphanie Jeanty et Shneider Léon Hilaire, y présentent des œuvres. Leurs pratiques artistiques interrogent les traces du passé pour mieux habiter le présent.
La première soirée du festival s’est poursuivie avec la projection du documentaire de Mathilde Damoisel, Le sucre, pour la douceur et pour le pire (2025). Cette série documentaire en deux épisodes explore les ambivalences de cette denrée qui a façonné le monde caribéen. La projection a été suivie d’un temps d’échange, favorisant la médiation et la compréhension profonde des enjeux mémoriels liés à l’économie sucrière.
Le moment fort du festival aura lieu ce samedi 25 avril, à 20 heures, avec le concert de James Germain & Quintet. Voix emblématique d’Haïti, James Germain porte en lui l’héritage afro-caribéen. Sur son dernier album, Xù d’Àssa (qui signifie « Le départ de nos ancêtres vers la mer »), sorti début 2025, il invoque la mémoire des anciens et le souffle des générations passées, à travers 11 titres.
Accompagné de Jonathan Jurion (claviers), Régis Thérèse (basse), Sonny Troupé (batterie, percussions) et Jocelyn Ménard (saxophone, flûte), l’artiste créera un pont sonore entre deux terres de résistance : Haïti, première République noire libre (1804), et la Guadeloupe de Louis Delgrès (1802).
Du 27 au 30 avril, le festival sera dédiée à la transmission. Quatre jours d’ateliers transgénérationnels seront proposés au grand public et aux scolaires. Articulés autour du chant, du conte et de l’écriture, ces ateliers visent à réapproprier les pratiques inscrites dans la mémoire des résistances caribéennes.
En faisant de la création contemporaine l’outil d’une restitution mémorielle, le festival « Chan an chan kann » réussit son pari : sortir les récits de l’oubli et transformer une ancienne habitation en une immense caisse de résonance pour la liberté. C’est une invitation à écouter, à apprendre et à célébrer la vie là où elle fut autrefois entravée.